Revue de presse

Revue de presse 2020

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    Valérie Lion
    vlion@lexpress.fr
     @valerielion
    8 mars, et après ?
    Ce fut une folle journée, une folle semaine même. Non, je ne parle pas du Covid-19 – faites une pause sur ce sujet le temps de lire cette lettre. Du 28 février au 8 mars, la question des femmes, de leurs droits, de leur visibilité, de leur rôle, de leur influence a occupé l’espace médiatique et politique, au sens noble du terme : celui de la vie de la cité. Tant mieux, parce que le sujet est inépuisable, parce que l’enjeu est crucial – l’équilibre des genres, la mixité dans notre société. Rattrapées par le sujet comme jamais, les entreprises ont participé à l’effervescence générale. Le 8 mars est devenu un aiguillon, un rendez-vous presque obligé dans le monde économique pour prendre la parole, dire ce qu’on fait ou a minima ce qu’on veut/va faire.
    Difficile de rendre compte de toutes les initiatives. C’est pourquoi nous en avons sélectionné quatre qui nous semblent en mesure de changer la donne sur le long terme. Car ce qui compte avec le 8 mars, c’est le jour d’après. Comment travaille-t-on tout au long de l’année pour encourager, faciliter, valoriser la contribution des femmes à l’innovation, à la croissance, à l’emploi ? A observer celles et ceux qui s’engagent sur ce terrain depuis plus de vingt ans, on en a tiré deux enseignements : l’impérieuse nécessité de quantifier et la toute aussi impérieuse nécessité de fixer des objectifs.
    Ces objectifs peuvent exister au niveau d’une entreprise, d’un secteur, d’un pays, voire au-delà. La France accueillera ainsi en juillet le Forum Génération Egalité, vingt-cinq ans après la quatrième conférence mondiale de l’ONU pour les Femmes, qui s’était tenue à Pékin en 1995. Un événement qui avait vu Hillary Clinton prononcer la fameuse formule : « Les droits de l’homme sont les droits des femmes et les droits des femmes sont les droits de l’homme ». Vingt-cinq ans plus tard, le Forum Génération Egalité, coorganisé par la France et le Mexique avec l’ONU, vise à faire le point sur les progrès accomplis et à établir un programme d’actions pour atteindre l’égalité des sexes avant 2030. Soit d’ici dix ans.
    Ambitieux ? Indispensable : 65% des pays affichent un mauvais ou très mauvais score d’égalité entre les hommes et les femmes d’après l’index Global Gender Gap du World Economic Forum (rassurons-nous, la France ne se classe pas si mal, 12eme, et affiche la plus forte progression parmi les pays du G20, entre 2006 et 2018).
    Utopique ? Discuter égalité des sexes entre pays du Nord et du Sud confrontés à des réalités différentes peut sembler irréaliste. « Dans tous les pays, quels qu’ils soient, les barrières économiques auxquelles se heurtent les femmes sont identiques, assure cependant Béatrice Néré, directrice France et Europe du sud de la Fondation Bill & Melinda Gates, engagée au sein du Forum : il s’agit des écarts de rémunération et du poids des femmes dans les soins non rémunérés ».
    La France espère réunir au moins un tiers d’hommes parmi les participants au Forum Génération Egalité. Embarquer les hommes, c’est aussi la volonté du Cercle InterElles, qui réunit depuis 2001 les réseaux mobilisés pour la mixité dans les entreprises du secteur technologique et scientifique. Chaque année, ses membres mènent un remarquable travail à travers des ateliers thématiques, restitués lors d’un colloque en mars. En 2019-2020, leurs travaux sur « comment attirer, recruter et retenir les talents féminins dans les entreprises technologiques » ont démontré l’importance de la mixité dans les jurys des écoles, du langage utilisé dans les annonces d’emploi et les fiches de poste, de la prise en compte de la parentalité en entreprise, de la transparence sur les rémunérations. « Pour féminiser les entreprises, il ne faut pas attendre que les femmes se présentent à la porte, assure Bruno Pavie, DRH de NGE une société de travaux publics. Il faut aller les chercher ! » Et pour cela, être volontaire et créatif – imaginer des vêtements de travail adaptés, revoir l’ergonomie des engins, etc.
    Et pour prolonger le 8 mars, si on changeait de regard ? Si on réfléchissait à « masculiniser » les métiers et les entreprises qui en ont besoin ? Rappelons qu’aujourd’hui 67% des étudiants en première année de médecine sont des étudiantes, 88% des infirmiers sont des infirmières, 82% des professeurs des écoles sont des femmes. Ce déséquilibre-là mérite aussi d’être corrigé.